Adeline Decoop
Spécialiste en ingénierie pédagogique, formée au sein de l’Education Nationale, diplômée en psychologie clinique, naturopathe , je vous apporte un éclairage sur les domaines des Soft skills et du développement personnel.
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Estime et confiance en soi : comprendre la différence et développer les deux

Table des matières
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« Je manque de confiance en moi. » Cette phrase recouvre en réalité plusieurs situations très différentes. Selon votre cas, le travail à mener n’est pas le même, et certains outils ne fonctionnent pas si vous les appliquez au mauvais endroit.

La confusion entre estime de soi et confiance en soi est l’une des raisons pour lesquelles tant de personnes lisent du développement personnel sans en tirer de résultat durable.

Cet article fait deux choses. D’abord, il pose la distinction théorique entre estime et confiance, en s’appuyant sur les références francophones et anglophones les plus reconnues. Ensuite, il propose 5 exercices concrets que vous pouvez démarrer dès aujourd’hui, sans matériel particulier, pour développer les deux dimensions en parallèle.

Vous trouverez à la fin de l’article les sources mobilisées et le lien vers la formation Learnperfect qui approfondit ces démarches en 8 heures avec un formateur.

Estime et confiance en soi : la distinction qui change tout

L’estime de soi est la valeur que vous vous accordez en tant que personne. C’est ce que vous pensez de vous, indépendamment de vos résultats du jour.

La confiance en soi est votre conviction d’être capable d’agir efficacement dans une situation donnée. Elle se rapporte toujours à un domaine précis.

Concrètement : vous pouvez avoir une bonne estime de vous (vous savez que vous êtes une personne compétente, fiable, à votre place dans votre métier) tout en n’ayant pas confiance dans votre capacité à animer une conférence devant 300 personnes.

L’inverse est aussi possible : un commercial qui négocie sans difficulté peut, au fond, douter de sa valeur en tant que personne.

Le modèle d’André et Lelord : trois piliers à ne pas confondre

Les psychiatres Christophe André et François Lelord, dans L’Estime de soi (Odile Jacob, 1999), proposent un modèle en trois piliers complémentaires.

  • L’amour de soi est la valeur inconditionnelle que vous vous accordez en tant que personne. Il se construit principalement dans l’enfance, dans la qualité du lien aux figures d’attachement. Il s’entretient à l’âge adulte mais se transforme rarement seul à l’âge adulte sans accompagnement.
  • La vision de soi est le regard que vous portez sur vos qualités et vos défauts, sur ce que vous savez ou ne savez pas faire. Elle se nourrit de l’expérience accumulée et du retour des autres. Elle se travaille par une connaissance de soi structurée.
  • La confiance en soi est votre conviction de pouvoir réussir une action précise. Elle se construit par l’expérience d’agir et de réussir, même partiellement. Elle est très contextuelle : vous pouvez l’avoir dans un domaine et pas dans un autre.

Cette distinction est utile parce qu’elle conditionne le bon outil. Travailler la confiance d’agir chez quelqu’un dont le déficit est l’amour de soi ne fonctionne pas durablement. À l’inverse, travailler l’estime sans jamais agir produit du savoir intellectuel sur soi, mais peu de transformation.

Le sentiment d’auto-efficacité (Bandura) : comment se construit la confiance d’agir

Le psychologue Albert Bandura a formalisé dès 1977 le concept d’auto-efficacité (self-efficacy), qui correspond à ce que la psychologie francophone appelle confiance en soi. Selon ses travaux, le sentiment d’efficacité personnelle se construit à partir de quatre sources, classées de la plus puissante à la moins puissante.

  • L’expérience active de maîtrise : avoir réussi soi-même une action similaire dans le passé. C’est la source de loin la plus puissante.
  • L’expérience vicariante : avoir observé une personne semblable à soi réussir l’action. D’où l’importance des modèles et du mentorat.
  • La persuasion verbale : avoir été encouragé par une personne crédible. L’effet est plus faible mais réel, surtout dans la phase de démarrage.
  • L’état physiologique et émotionnel : votre niveau d’éveil, votre stress, votre fatigue au moment d’agir colorent votre sentiment de capacité.

Conséquence pratique : pour développer votre confiance d’agir sur un sujet précis, l’unique levier vraiment efficace est de commencer à agir, avec des défis ajustés à vos moyens, et d’engranger des expériences de maîtrise. Lire des livres, écouter des conférences ou faire des bilans contribuent à votre vision de soi, mais peu à votre auto-efficacité.

Deux collaborateurs heureux, ayant confiance en eux-mêmes dans un bureau.

Les mécanismes internes qui freinent les deux

Avant les exercices, il est utile de connaître ce qui sape estime et confiance au quotidien, parfois sans qu’on s’en rende compte.

La triade pensées – émotions – comportements

Le psychologue Albert Ellis a montré, à partir des années 1950, que ce ne sont pas les événements qui produisent directement nos émotions, mais l’interprétation que nous en faisons. Une même critique d’un collègue produira de la colère chez l’un, de l’anxiété chez l’autre, du soulagement chez un troisième : selon les pensées automatiques qui s’intercalent entre l’événement et la réaction.

Cette interprétation automatique se nourrit de croyances apprises (« je dois être parfait pour être aimé », « si on me critique c’est que je suis incompétent », « les gens vont remarquer que je ne sais pas »). Ces croyances peuvent être tellement intégrées qu’on ne les remarque plus. Repérer ses pensées automatiques est la première étape d’un travail solide sur l’estime et la confiance.Les pensées limitantes les plus fréquentes au travail

  • La pensée « tout ou rien » : « si je n’ai pas réussi parfaitement, j’ai échoué ».
  • La généralisation : « je n’arrive jamais à faire cela ».
  • La pensée filtre : ne retenir que les retours négatifs d’une réunion qui en contenait dix positifs.
  • La disqualification du positif : « il m’a complimenté, mais c’était par politesse ».
  • Les conclusions hâtives : « si elle ne m’a pas répondu, c’est qu’elle ne me trouve pas crédible ».
  • L’étiquetage : « je suis nul·le », « je ne suis pas faite pour ça ».

L’impact sur la posture et les comportements

Une estime fragile ou une auto-efficacité faible se voient à des signes concrets : préparer trois fois plus que nécessaire, éviter les prises de parole, sur-justifier ses décisions, accepter des missions qui n’apportent rien, dire oui par peur de décevoir, ne pas demander d’augmentation malgré une charge accrue.

Ces comportements ne sont pas des défauts à corriger : ce sont des signaux qui pointent vers le mécanisme interne à comprendre.

5 routines pour développer estime et confiance

Les exercices qui suivent sont issus de la psychologie cognitive et comportementale (Ellis), de la théorie de l’auto-efficacité (Bandura), du courant de l’auto-compassion (Neff) et des pratiques mobilisées dans le programme Learnperfect.

Ils sont tous reproductibles seul, sans matériel particulier. Le seul prérequis est la régularité : 10 à 15 minutes par jour pèsent plus que des séances intensives ponctuelles.

EXERCICE 1 – 5 minutes par jour – 90 jours

Le carnet de réussites visibles ET invisibles

Objectif : nourrir l’estime de soi en ancrant dans le factuel ce que votre mental tend à oublier. Inspiré du modèle d’André et Lelord et des pratiques de psychologie positive.

1. Chaque soir, prenez 5 minutes pour noter dans un carnet papier ou un fichier dédié trois réussites de la journée.

– Une réussite visible : un livrable terminé, une réunion bien menée, un problème résolu.

– Une réussite invisible : un moment où vous avez résisté à un automatisme (vous avez écouté au lieu d’interrompre, vous avez accepté un compliment sans le minimiser, vous avez refusé une sollicitation hors périmètre).

2. Relisez votre carnet tous les 15 jours, surtout dans les périodes de doute.

3. Tenez-le sur 90 jours minimum avant d’évaluer l’effet : la perception de soi change par accumulation, pas par révélation.

EXERCICE 2 – 10 minutes par épisode – à faire 2 ou 3 fois par semaine

Le repérage ABC d’Albert Ellis

Objectif : décortiquer les pensées automatiques qui produisent des émotions disproportionnées. Outil central des thérapies cognitives et comportementales (TCC).

1. Repérez dans la journée 1 situation où vous avez ressenti une émotion désagréable forte (anxiété, honte, colère, tristesse).

2. Notez A pour « Activating event » : l’événement factuel et observable, sans interprétation. Exemple : « ma collègue n’a pas répondu à mon mail depuis 2 jours ».

3. Notez B pour « Beliefs » : les pensées automatiques qui sont apparues. Exemple : « elle pense que je suis incompétent », « j’ai fait une erreur grave », « je vais perdre sa confiance ».

4. Notez C pour « Consequences » : les émotions et comportements que cela a produits. Exemple : « anxiété, j’évite de la croiser, je relis mon mail 10 fois ».

5. Examinez B : ces pensées sont-elles des faits ou des hypothèses ? Quelle autre interprétation est possible ? Quelle preuve manquerait pour confirmer ou infirmer ? Le simple repérage suffit souvent à dégonfler l’émotion.

EXERCICE 3 – 1 minute – quotidien pendant 21 jours

La pause d’auto-compassion (Kristin Neff)

Objectif : remplacer la critique intérieure par la bienveillance que vous offririez à un ami. L’auto-compassion ne diminue pas l’exigence professionnelle : elle la rend tenable.

1. Quand vous vous surprenez à vous critiquer durement, arrêtez-vous 60 secondes.

2. Étape 1 – Reconnaître : « ce qui se passe en moi est difficile ». Nommer l’émotion. Ne pas la nier, ne pas la dramatiser.

3. Étape 2 – Universaliser par une phrase: « d’autres personnes vivent la même chose ». Vous n’êtes pas seul·e à éprouver cela.

4. Étape 3 – Se traiter avec bienveillance : poser une main sur le sternum, prendre une respiration ample, et formuler intérieurement la phrase que vous diriez à un ami dans la même situation.

5. Faire cet exercice 1 fois par jour pendant 21 jours pour qu’il devienne automatique en situation à enjeu.

EXERCICE 4 – 1 action par semaine – sur 5 à 8 semaines

La méthode des micro-défis (sortir de la zone de confort)

Objectif : développer l’auto-efficacité par l’expérience de maîtrise (Bandura, source la plus puissante). Travaille la confiance d’agir là où elle est faible.

1. Identifiez un domaine précis où vous voulez gagner en confiance d’agir (prise de parole, négociation, expression d’un désaccord, demande d’augmentation).

2. Listez 5 actions concrètes de ce domaine, classées de la plus facile à la plus difficile.

3. Choisissez la plus facile et fixez une date dans les 7 jours pour la réaliser. Pas plus d’une semaine d’attente : c’est ce délai qui fait la différence.

4. Réalisez l’action. Notez ce qui s’est passé, ce qui a été plus facile et plus difficile que prévu.

5. Quand l’action 1 est faite, passez à l’action 2. Pas avant. La progression se construit étage par étage, pas par sauts.

6. Évitez les actions trop ambitieuses au début : un échec précoce sape l’auto-efficacité plus qu’un succès facile ne la nourrit.

EXERCICE 5 – 30 minutes de préparation, 48 h de digestion – 1 à 2 fois par an

Le feedback sollicité (3 questions à un pair)

Objectif : obtenir une information factuelle sur soi qui nourrit la vision de soi (différent de l’auto-efficacité). À utiliser quand vous sentez que votre perception de vous est floue ou décalée.

1. Choisissez 2 ou 3 personnes qui vous connaissent dans un contexte professionnel et dont vous respectez le jugement. Au moins une personne avec laquelle vous n’êtes pas spécialement proche.

2. Demandez-leur, séparément, 3 questions précises : 1) Quelle est selon toi ma plus grande force au travail ? 2) Quelle est la chose que je fais bien mais que je sous-estime probablement ? 3) Y a-t-il un comportement qui me dessert que je gagnerais à observer ?

3. Demandez à recevoir les réponses par écrit, sur 5 lignes maximum par question. Cela les oblige à être précis et vous oblige à prendre les réponses au sérieux.

4. Ne discutez pas les réponses sur le moment. Lisez, attendez 48 heures avant d’en parler. Le but n’est pas de débattre mais de récolter une information.

5. À faire 1 fois par an au minimum. Plus souvent dans les périodes de transition professionnelle.

De l’introspection à l’action : affirmer sa posture

Tous les exercices précédents ne servent à rien s’ils ne se traduisent pas par des changements observables dans votre quotidien. L’affirmation de soi est ce pont entre le travail intérieur et le comportement extérieur. Elle ne consiste pas à devenir plus dur ou plus offensif : elle consiste à poser ses besoins, ses limites et ses désaccords de manière claire et respectueuse.

La méthode DESC est l’un des outils les plus utiles pour préparer une conversation à enjeu (refus d’une mission, demande d’augmentation, expression d’un désaccord avec un supérieur).

  • D – Décrire les faits factuellement, sans interprétation.
  • E – Exprimer son ressenti en « je », sans accuser l’autre.
  • S – Spécifier ce que l’on demande concrètement.
  • C – Indiquer les conséquences positives (ou négatives) selon la réponse.

Exemple sur une demande d’augmentation :

« Sur les 12 derniers mois, j’ai pris en charge le pilotage de 3 chantiers supplémentaires hors de mon périmètre initial [Décris]. Cela m’a permis de progresser mais je ressens un déséquilibre entre la charge et la rémunération [Exprime]. J’aimerais qu’on examine ensemble une revalorisation de 8 % à effet janvier [Spécifie]. Cela me permettrait de continuer à m’investir avec la même intensité sur les sujets stratégiques de l’année prochaine [Conséquences]. »

L’alignement valeurs et projet de vie

Travail technique sur les exercices, oui. Mais aucun de ces outils ne tient dans la durée si votre quotidien professionnel est en décalage profond avec ce qui compte vraiment pour vous. Le programme Learnperfect mobilise un travail spécifique sur cet alignement.

Une méthode simple à essayer seul : prenez 30 minutes au calme, listez 10 valeurs qui comptent pour vous (autonomie, transmission, sécurité, créativité, justice, impact, expertise, famille, liberté, reconnaissance, etc.).

Forcez-vous à n’en garder que 5, puis classez-les. Pour chacune des 5 valeurs retenues, notez sur une échelle de 1 à 10 à quel point votre quotidien professionnel actuel les respecte. Une moyenne au-dessus de 8 indique un alignement solide. En dessous de 6, il y a un sujet à traiter en priorité, indépendamment des exercices ci-dessus.

Quand un accompagnement devient utile

Les exercices proposés sont efficaces en autonomie pour la plupart des situations. Trois signaux indiquent qu’un accompagnement professionnel devient pertinent.

  • Vous avez essayé sérieusement plusieurs exercices pendant 2 à 3 mois sans observer de changement, même léger.
  • Le manque de confiance est lié à un événement précis et récent (échec marquant, harcèlement, burn-out, retour de longue absence) qui n’a pas été métabolisé.
  • Vous ressentez de la souffrance au quotidien, pas seulement de la gêne ponctuelle.

Dans ces cas, une formation structurée avec un formateur ou un accompagnement par un coach certifié, voire un psychologue clinicien selon l’origine, accélère et sécurise le travail.

FAQ

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Commencez par l’exercice 1 (le carnet de réussites). Il est le plus simple et le plus universel. Il nourrit l’estime de soi, qui est la base sur laquelle tout le reste s’appuie. Après 2 à 3 semaines, ajoutez l’exercice 2 (repérage ABC) si vous remarquez des pensées négatives fréquentes, ou l’exercice 4 (micro-défis) si votre frein principal est plutôt le passage à l’action.

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Premiers effets perçus (vous remarquez vos pensées limitantes, vous félicitez une réussite que vous auriez minimisée avant) : 2 à 4 semaines. Effets observables par l’entourage (prise de parole plus assurée, refus assumé, demande explicite) : 2 à 4 mois. La régularité fait la différence, pas l’intensité.

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Non. Les 5 routines couvrent des dimensions différentes (estime, pensées, auto-compassion, confiance d’agir, vision de soi). Vous pouvez en pratiquer 2 ou 3 en parallèle, pas plus. Choisissez celles qui correspondent à votre déficit dominant. Si vous ne savez pas, le travail avec un formateur ou un coach permet de calibrer.

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Non. Ils relèvent du développement professionnel et de la psychologie cognitive appliquée. Pour une situation de souffrance avérée (dépression, anxiété chronique, traumatisme), l’accompagnement par un psychologue clinicien ou un psychiatre reste nécessaire. La formation peut intervenir en complément, jamais en substitution.

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Sur un domaine précis, oui : c’est ce que fait Bandura avec sa théorie de l’auto-efficacité. Vous pouvez développer votre confiance d’agir sur la prise de parole en public en accumulant des expériences réussies, sans toucher à l’estime générale. Mais si votre estime est fragile en profondeur, la confiance d’agir gagnée dans un domaine ne « contamine » pas les autres. Pour un effet durable et transverse, travailler les deux dimensions reste la voie la plus solide.

Le programme « Renforcer son estime et confiance en soi » reprend de manière structurée les axes de cet article et y ajoute la pratique en situation. Il se déroule en individuel ou en collectif, en visioformation ou en présentiel, sur 8 heures, avec un formateur expert.
Le programme couvre 7 axes : prendre conscience de son niveau d'estime et de confiance, identifier les influences et mécanismes internes, comprendre l'impact sur ses comportements, développer estime et confiance, affirmer sa posture et sa valeur, appliquer dans la vie professionnelle et personnelle, aligner projet de vie et estime.

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